C'est samedi aujourd'hui. On est à la veille de ce que pas mal d'amateurs de football appellent depuis déjà quelques semaines, « le match de l'année ». Aujourd'hui, c'est samedi et s'il faisait beau ce matin sur Bruxelles, le crachin nous a envahis depuis la fin de cet après-midi. Depuis sans doute, que le ciel a appris que vous nous aviez quittés et qu'il n'est pas parvenu à se retenir de pleurer.
Ainsi, vous vous en êtes allé... Tout arrive évidemment, mais ça... Comment dirais-je ? On n'en avait pas envie, Monsieur Constant. Vous dont, tout petit, j'avais appris à déchiffrer le nom de famille peint sur l'enseigne de la brasserie érigée par votre père. « Philémon »... Je trouvais ce prénom étrange, mystérieux, je devinais qu'il plongeait ses origines dans le brouillard d'un passé bruxellois que je ne connaîtrais jamais que par des livres aux pages un peu jaunies, par des photos ternies aux bords dentelés et sur lesquels les hommes étaient toujours en costume noir et au garde-à-vous...
C'était, c'est toujours, place de la Vaillance, au c½ur de ce quartier dont un des autres pôles d'attraction n'était autre que le stade Emile Versé, depuis reconstruit et rebaptisé. C'était de vous, cette idée de lui donner votre nom ? Cela me surprendrait, franchement, vous voliez tellement plus haut que l'altitude des plaques de rue...
Alors comme ça, vous avez tiré votre révérence... Vous, dont jamais je n'aurais employé le prénom, même sous forme d'adjectif, dans une de mes modestes contributions à la vie de votre Sporting, ne serait-ce que par respect – que seriez-vous venu faire là-dedans ? – ou tout simplement pour éviter que l'on me taxe de sacrilège. Car pour moi, Monsieur Constant, pour les gens de ma génération, ceux qui n'ont pratiquement jamais associé d'autre nom que le vôtre à ce Sporting que nous aimons, pour nous les Mauve et Blanc, vous étiez comme un saint. Alors, nous avons du mal. Nous avons du mal à admettre que vous êtes parti, comme ça, un samedi après-midi banal entre tous, sans doute pour ne pas trop déranger ceux qui travaillent en semaine. Car si vous étiez comme un saint, on savait aussi que votre religion, c'était le travail... On en déduit un peu bêtement peut-être, que vous n'aviez plus rien en chantier, que vous avez estimé que votre Sporting était entre bonnes mains, que vous avez jugé votre mission terminée. Nous ne pouvons que nous incliner. Mais quelle idée, de claquer la porte comme ça, alors que votre club fêtera bientôt son centenaire... On espérait tant que son exemple vous inspirerait !
Mais non, hélas. Alors effectivement, nous avons du mal, nous qui étions encore gamins quand vous avez repris le flambeau des mains du président Roosens. On avait eu un peu de mal à l'époque aussi, car vous aviez fait un crochet par Bruges, curieux détour pour un Anderlechtois comme vous, si je puis me permettre. Mais soit, on comprit vite que dans vos bagages, vous rameniez un Hollandais filiforme grâce auquel vous alliez pouvoir donner une dimension européenne au club de votre c½ur. Oh, on ne résumera pas votre apport au monde du football à un seul transfert de génie. Mais je m'en voudrais de détailler ici tout ce que vous avez fait pour le Sporting, pour ce sport qui vous tenait tant à c½ur : la presse fera cela bien mieux que je ne puisse jamais espérer le faire...
Je voulais juste vous dire merci, Monsieur le Président. Merci au nom de tous les gens à qui votre Sporting a déjà donné tant de plaisir. Merci d'avoir travaillé comme vous l'avez fait, juste pour qu'une fois tous les quinze jours, nous puissions nous remplir les yeux de gestes parfaits, de combinaisons lumineuses, de goals sensationnels. Merci aussi d'avoir fait connaître au monde le nom de notre commune : si vous saviez comme c'est cool de montrer sa carte d'identité à l'étranger et de voir les gens sourire quand ils lisent le nom de l'endroit d'où nous provenons !
Et puis, Monsieur Constant, avant que je l'oublie : on ne vous en veut pas d'être parti comme ça, sans rien dire. On sait que des gens comme vous préfèrent dire bonjour qu'au revoir.
Ainsi, vous vous en êtes allé... Tout arrive évidemment, mais ça... Comment dirais-je ? On n'en avait pas envie, Monsieur Constant. Vous dont, tout petit, j'avais appris à déchiffrer le nom de famille peint sur l'enseigne de la brasserie érigée par votre père. « Philémon »... Je trouvais ce prénom étrange, mystérieux, je devinais qu'il plongeait ses origines dans le brouillard d'un passé bruxellois que je ne connaîtrais jamais que par des livres aux pages un peu jaunies, par des photos ternies aux bords dentelés et sur lesquels les hommes étaient toujours en costume noir et au garde-à-vous...
C'était, c'est toujours, place de la Vaillance, au c½ur de ce quartier dont un des autres pôles d'attraction n'était autre que le stade Emile Versé, depuis reconstruit et rebaptisé. C'était de vous, cette idée de lui donner votre nom ? Cela me surprendrait, franchement, vous voliez tellement plus haut que l'altitude des plaques de rue...
Alors comme ça, vous avez tiré votre révérence... Vous, dont jamais je n'aurais employé le prénom, même sous forme d'adjectif, dans une de mes modestes contributions à la vie de votre Sporting, ne serait-ce que par respect – que seriez-vous venu faire là-dedans ? – ou tout simplement pour éviter que l'on me taxe de sacrilège. Car pour moi, Monsieur Constant, pour les gens de ma génération, ceux qui n'ont pratiquement jamais associé d'autre nom que le vôtre à ce Sporting que nous aimons, pour nous les Mauve et Blanc, vous étiez comme un saint. Alors, nous avons du mal. Nous avons du mal à admettre que vous êtes parti, comme ça, un samedi après-midi banal entre tous, sans doute pour ne pas trop déranger ceux qui travaillent en semaine. Car si vous étiez comme un saint, on savait aussi que votre religion, c'était le travail... On en déduit un peu bêtement peut-être, que vous n'aviez plus rien en chantier, que vous avez estimé que votre Sporting était entre bonnes mains, que vous avez jugé votre mission terminée. Nous ne pouvons que nous incliner. Mais quelle idée, de claquer la porte comme ça, alors que votre club fêtera bientôt son centenaire... On espérait tant que son exemple vous inspirerait !
Mais non, hélas. Alors effectivement, nous avons du mal, nous qui étions encore gamins quand vous avez repris le flambeau des mains du président Roosens. On avait eu un peu de mal à l'époque aussi, car vous aviez fait un crochet par Bruges, curieux détour pour un Anderlechtois comme vous, si je puis me permettre. Mais soit, on comprit vite que dans vos bagages, vous rameniez un Hollandais filiforme grâce auquel vous alliez pouvoir donner une dimension européenne au club de votre c½ur. Oh, on ne résumera pas votre apport au monde du football à un seul transfert de génie. Mais je m'en voudrais de détailler ici tout ce que vous avez fait pour le Sporting, pour ce sport qui vous tenait tant à c½ur : la presse fera cela bien mieux que je ne puisse jamais espérer le faire...
Je voulais juste vous dire merci, Monsieur le Président. Merci au nom de tous les gens à qui votre Sporting a déjà donné tant de plaisir. Merci d'avoir travaillé comme vous l'avez fait, juste pour qu'une fois tous les quinze jours, nous puissions nous remplir les yeux de gestes parfaits, de combinaisons lumineuses, de goals sensationnels. Merci aussi d'avoir fait connaître au monde le nom de notre commune : si vous saviez comme c'est cool de montrer sa carte d'identité à l'étranger et de voir les gens sourire quand ils lisent le nom de l'endroit d'où nous provenons !
Et puis, Monsieur Constant, avant que je l'oublie : on ne vous en veut pas d'être parti comme ça, sans rien dire. On sait que des gens comme vous préfèrent dire bonjour qu'au revoir.